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Un peu d'ordre dans Montessori

Il est possible que vous ayez cliqué sur cet article guidé par la force supérieure qu'inspire le terme « Montessori » ces derniers temps, ou par une réelle volonté de creuser le sujet.
On assiste en ce moment à une véritable prolifération des adeptes montessoriens ou des jouets estampillés Montessori.
Evidemment, vous vous doutez bien de ce que je vais avancer ici : Montessori n'étant pas une marque déposée, n'importe qui peut donc apposer l'appellation « Montessori » sur un produit en vente. Comment faire son choix alors dans ce vaste marché ? (lire à ce sujet).

Concernant la pédagogie en elle-même, beaucoup de parents guidés par des intentions éducatives louables mettent en place des éléments proposés par le Dr Montessori, sans forcément pouvoir s'en expliquer.
Par exemple : la mise en place du lit au sol dès le tout jeune âge de l'enfant, sans passage par le lit à barreaux, plaît beaucoup. Ou la disponibilité du matériel à la hauteur de l'enfant, lui laissant le choix de l'activité est aussi un des favoris parentaux.

Pourtant, lorsqu'on interroge ces derniers, peu connaissent les fondements de la pédagogie montessorienne. Loin d'être seulement une proposition de matériel en bois ou un aménagement de l'espace d'éveil de l'enfant, cette approche tient compte de ses besoins à chaque stade de son développement.

Plus particulièrement, détaillons le mécanisme à l'origine de la croissance humaine selon Maria Montessori : les périodes sensibles.
En effet, selon elle, une période sensible correspond à une sensibilité, passagère, présente de 0 à 6 ans, dans le but d'une acquisition d'un caractère déterminé. Quand ce caractère se trouve acquis, cette sensibilité cesse. Néanmoins, si l'enfant ne répond pas à cette sensibilité, il perd l'occasion naturelle d'une conquête. Il devra alors par la suite produire un effort conscientisé pour acquérir ce caractère.
Quand une sensibilité se termine, une autre prend le relais, faisant de l'enfant un véritable conquérant du monde extérieur.
L'enfant apprend, sans guide, avec joie, simplement en vivant.
Ajoutons que lorsque l'environnement répond aux besoins internes de l'enfant, tout est calme. Nulle apparition de « caprices » ou de déviances. L'enfant est à l'écoute de ses sensibilités internes et explore instinctivement.

Le Dr Montessori décompte 6 périodes sensibles : l'ordre, le mouvement, le langage, le raffinement sensoriel, le développement social et l'intérêt pour les petits objets (lire à ce sujet : http://apprendreaeduquer.fr/les-periodes-sensibles-selon-maria-montessori/).

Intéressons-nous ici à celle de l'ordre.
Nous pensons souvent les enfants tellement désordonnés... Comment peuvent-ils finalement être sensibles à l'ordre ? L'ordre est présenté comme étant une des périodes sensibles des plus mystérieuses que celles que connait un enfant.
L'ordre est décrit comme étant « la capacité à s'orienter dans l'ambiance, la posséder dans ses détails ». Elle met en parallèle cet ordre extérieur à l'ambiance de l'âme : c'est finalement cet ordre interne qui permettra à l'enfant de se repérer les yeux fermés et de se déplacer sans trébucher. Intérieurement et extérieurement.
La présence de l'ordre s'avère nécessaire pour assurer sa sérennité et son sentiment de sécurité. En effet, sans ordre, c'est le chaos qui prédomine. D.ieu d'ailleurs mit rapidement en place un ordre lors de la création du monde, en distinguant la lumière de l'obscurité et en créant des signes évidents pour l'homme afin de se repérer : le soleil, la lune, les étoiles.

Concernant l'établissement spatial de l'ordre, la pédagogie montessorienne propose une place définie pour chaque chose, que l'enfant doit connaître. Ainsi, à partir de 2 ans, l'enfant repère sans effort un objet qui n'est pas à sa place. L'enfant prend conscience de ce qui passe inaperçu pour l'adulte, ce qui est de l'ordre des petits détails.
Par ailleurs, ce sera la prise de conscience de ce désordre qui va le stimuler, le pousser dans l'agir afin de replacer les objets selon l'habitude.
Au niveau temporel également, il est utile de proposer à l'enfant des rituels cadrant sa journée : rituel du lever, du repas, du bain, du coucher, etc. Il ne s'agit pas ici de proposer un protocole rigide, mais de lui assurer un ordre temporel serein pour se situer et se projeter.

S'il y a bien un enfant qui connaît ce vécu de l'ordre, il s'agit bien du petit d'homme juif. L'ordre, le seder, est inhérent à la vie d'un Juif. Notre vie entière, le quotidien, la semaine, le mois, les fêtes sont ritualisés et cadrés temporellement : les prières du matin, de l'après-midi et du soir structurent la journée du Juif. Il prie d'ailleurs vers un ordre spatial défini : vers le Mizrah', vers l'Est, en direction du Temple qui était érigé à Jérusalem. Le matin, l'enfant est invité dès le plus jeune âge à réciter le Modé Ani, pour remercier D.ieu de lui avoir rendu sa Nechama, son âme, après la nuit. Le soir avant de s'endormir, il récite le Chéma Israël, passage où l'on évoque qu'il convient d'aimer D.ieu de tout son cœur et de transmettre Ses préceptes à nos enfants. Le septième jour de la semaine est immanquablement célébré le Chabbat, accompagné lui aussi de rituels qui lui sont propres.

Une de nos fêtes porte en elle-même la notion de l'ordre : c'est celle de Pessa'h, la Pâque juive. En effet, à cette occasion, la famille se réunit pour une soirée de célébration de la sortie d'Egypte, où les Hébreux furent asservis pendant 210 ans. Nous tentons de revivre précisement cette nuit marquante, en suivant ce que l'on nomme le Seder de Pessa'h, un programme en 15 étapes. Cette soirée a pour but principal de susciter les questions des jeunes enfants, et tout est pensé pour éveiller leur curiosité. La transmission de notre histoire se joue lors de cette fête, et tous les moyens sont permis pour éveiller petits et grands : friandises, cadeaux, mises en scène... Par exemple : l'Afikoman, un morceau de pain azyme, de matsa, que l'on mange spécifiquement lors de cette fête, est caché en début de repas, et les enfants doivent le retrouver par la suite. Les plus jeunes apprécient cacher eux-mêmes la matsa, et avouent avec délice leur cachette à leurs parents démunis.
D'ailleurs, Maria Montessori évoquait ces parties de cache-cache auxquelles l'enfant s'adonne avec plaisir quand... il retrouve le joueur dans sa cachette habituelle ! Seule importe l'euphorie du moment où l'enfant « retrouve les choses à leur place », dans un ordre défini.

En définitive, prêter attention en tant que parents quand notre enfant est dans cette période sensible, et l'y éveiller dès son plus jeune âge lui permet d'en saisir tous les composants et les bienfaits. Nous avons doublement l'opportunité en tant que parents juifs de pouvoir l'y sensibliser par nos pratiques : profitons-en pleinement !

Pour aller plus loin, je vous invite à lire les chapitres sur les « Périodes sensibles » et sur « L'ordre » du livre L'Enfant, de Maria Montessori.
Bonne lecture !

Noémi Benhamou

Psychologue diplômée à Bordeaux, Noémi s'inscrit dans le courant de la Psychologie Positive. Passionnée par la communication, elle anime des ateliers langue des signes pour bébés et prochainement des ateliers Faber & Mazlish. Entre deux consultations et un bavarois, Noémi s'adonne à la création d'outils pédagogiques innovants.