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Tu as fait tes devoirs ?

Cette question anodine cristallise dans certaines familles toute la relation parent-enfant.

Prononcée sur un ton mi-accusateur mi-contrôleur, il y a fort à parier que l’échange se soldera par un conflit.

Ne nous voilons pas la face : que l’on soit au foyer ou employé, les devoirs sont rarement une partie de plaisir. Les devoirs nécessitent de la part des parents, autant que de la part des enfants, beaucoup de concentration et de persévérance. Ajoutez à cela une bonne dose d’affect, à savoir votre relation à l’école et l’espoir que vous avez pour vos enfants de faire au moins aussi bien que vous (ou plus souvent mieux) et vous avez devant vous tous les ingrédients pour passer un moment désagréable, propice à de vrais conflits.

Alors comment faire ?

          1. Officiellement, les devoirs à la maison sont interdits depuis…1956 ! En effet, la circulaire prévoit la suppression de ceux-ci car ils entrainent « une fatigue préjudiciable à la santé et à l’équilibre nerveux des élèves ».  Mais il est difficile de faire changer les mentalités aussi bien chez les enseignants que chez les parents. Pour les parents d’élèves, une enseignante qui ne donne pas de devoirs n’est pas une bonne enseignante. En effet, impossible alors pour les parents de connaitre les progrès dans l’acquisition des compétences, de ce qui est étudié en classe et de ce qui fait que les enfants ont assimilé le programme.

Ce qui est révélé par ce problème ce n’est pas la question des devoirs mais plutôt celle de la visibilité pour les parents de ce qui est enseigné en classe. En effet, rares sont les enseignants qui tiennent régulièrement les parents informés de ce qui est fait en classe. Cela est pourtant très bien fait en maternelle et au CP. Pour une raison qui m’échappe totalement, il y a en France une réticence que je ne m’explique pas à communiquer avec les parents au sujet des programmes, des compétences et tout simplement de ce qui est fait en classe. Les parents se raccrochent donc aux devoirs comme étant le seul moyen à leur disposition d’évaluer leur enfant. Inconsciemment, lorsqu’un enfant réussit à faire ses devoirs c’est son enseignant que le parent évalue positivement. Et inversement dans le cas contraire.

En pratique ça veut dire quoi ? Qu’avec ou sans devoirs on vérifie régulièrement auprès de l’enseignante les progrès de la classe, les progressions dans le programme et ce qui a trait aux apprentissages dans la classe.

Que si son enfant a du mal avec ses devoirs on se retient de porter un jugement sur l’enseignante (et surtout, on ne provoque pas sur le groupe WhatsApp des parents de la classe une révolution inutile) et on prend rapidement rendez-vous avec celle-ci pour parler de son enfant.

          2. Souvent, on dit que les devoirs permettent de consolider les acquis travaillés en classe. C’est vrai. Sauf si vous vous rendez compte que votre enfant n’a rien assimilé. Dans ce cas-là, vous pourrez réexpliquer dix fois l’exercice, vous n’en sortirez rien. En plus, votre enfant risque de se braquer et le conflit va très vite pointer le bout de son nez.

En pratique ça veut dire quoi ? On ne s’acharne pas sur un enfant qui ne réussit pas à faire ses devoirs. Mieux vaut le laisser jouer et se détendre plutôt que de s’improviser enseignant. Un mot à l’enseignante devrait être suffisant pour alerter celle-ci sur des compétences non acquises.

Même si cela parait évident… Jamais, au grand jamais, on ne se résignera à faire les devoirs de son enfant à sa place. C’est contre-productif, malhonnête et ça ne rapporte rien. 

          3. Les devoirs sont utiles car ils apprennent à l’enfant à devenir autonome. Et c’est crucial pour l’entrée au collège.

En pratique ça veut dire quoi ? 

Que, comme pour tout, il faut instaurer une routine. Dès le CP on donne de bonnes habitudes. Assise près de votre enfant vous lui demandez de débarrasser sa table de travail. Vous lui dites à l’avance combien de temps vous allez passer aux devoirs (de 15 à 20 minutes jusqu’en CE1, maximum 40 minutes en CM2). Vous commencez d’abord par vérifier avec lui son agenda ; laissez-le trouver la page correspondant au jour de la semaine dans son cahier de devoirs ou cahier de textes. Au fur et à mesure qu’il passe de classe, vous passerez de moins en moins de temps près de lui : vous vous assurerez que les consignes sont comprises et vous reviendrez au bout de quelques minutes pour vérifier le travail fait. En fin de primaire, on se contente de jeter un œil sur le travail fait et d’être présente et disponible pour les éventuelles questions.

Vous l’aurez compris : aider son enfant à faire ses devoirs c’est prendre conscience de l’importance de consolider ses savoirs, de s’entrainer et parfois même de découvrir un savoir. Pour ne pas que ce moment devienne cauchemardesque, on n’hésitera pas à demander de l’aide à une jeune tante, une grand-mère ou même une étudiante. Car ce moment doit rester un moment de plaisir vécu par l’enfant comme l’occasion de se prouver et de prouver à ses parents qu’il sait faire, dire ou démontrer un nouvel apprentissage ou de nouvelles compétences.

Dvorah Serrao - Boudjnah

Passionnée par mon métier et très impliquée dans le monde de l'enseignement et de l'éducation juive, je suis aussi maman de trois merveilleux garçons. Avec eux nous avons déjà vécu dans plusieurs pays et nous jonglons entre les langues étrangères. La bienveillance et la discipline positive ont beaucoup de sens à mes yeux et je tente de m'y appliquer afin que mes enfants deviennent des enfants sûrs d'eux.