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Tevet ou la colère à bon escient

‘Hodech Tov ! Pour ceux qui ne se rendent pas à l’office ou ne prient pas, le mois de Tevet arrive souvent par « surprise ». En effet, il a toujours lieu le sixième jour de ‘Hanoucca, qui pour la plupart d’entre nous est intrinsèquement et exclusivement lié au mois de Kislev… Nous verrons par la suite en quoi le fait que cette fête fasse le lien entre ces deux mois va donner une force particulière à celui de Tevet.

Roch ‘Hodech, le début du mois hébraïque marqué par la nouvelle lune, recèle en lui un renouveau nous appelant à nous ressourcer. De plus, chaque mois a une caractéristique qui lui est conférée. Là où le mois de Kislev nous appelait à travailler sur notre bita’hon, notre confiance en D.ieu,  les signes attribués au mois de Tevet paraissent de prime abord moins attrayants : la colère, le foie (organe rempli de sang et rappelant donc le rouge sang de la colère) et la lettre Ayin qui est aussi l’onomatopée du mot œil en hébreu.

Tout cela peut paraitre étrange. La colère est toujours considérée comme étant mauvaise conseillère. Nous nous attendrions donc à ce qu’on nous dise de l’éliminer totalement de notre vie et non pas qu’elle soit la caractéristique qui nous accompagne ce mois-ci. Couplée avec le jeûne du mois de Tevet, rappelant entre autres le début de siège de Jérusalem par les Babyloniens, nous avons devant nous un mois qui semble bien dur. Et que vient faire l’œil dans tout cela ?

La colère est associée au foie, organe rempli de sang, rouge. La couleur rouge en hébreu est adom. La même racine qu’Edom le peuple issu d’Essav, le frère de Jacob. Le frère coléreux, assoiffé de sang. Le nom du peuple issu d’Essav n’est pas dû au hasard. A sa naissance, Essav, né chevelu et roux, reçoit déjà le surnom d'Admoni[1] . Le grand commentateur Rachi note de suite : "admoni, roux : un signe qu’il verserait du sang". Ce terme Admoni revient une fois, une seule, dans la Bible. C’est dans le premier livre de Samuel[2] et il s’applique à un jeune homme, le futur roi David, et est accompagné d’une deuxième caractéristique : il a des beaux yeux ! Le Midrach[3] nous raconte que le prophète Chmouel, voyant David, a hésité à l’oindre comme futur roi : s’il partage la même qualité de colère sanguine qu'Essav, il ne peut être l’homme choisi par D.ieu ! Et D.ieu de lui répondre « il a les beaux yeux », c’est-à-dire les bons yeux, tu peux donc l’oindre. Les beaux yeux dont on nous parle sont ceux du discernement, et ceux-ci seront nécessaires au futur roi afin de mener les batailles internes et externes de son royaume.

On ne nous demande pas d’éliminer la colère de notre vie car celle-ci a un potentiel et une énergie qui peuvent être utilisés de manière positive. Si une personne sait se servir de son bon œil afin de pouvoir différencier ce contre lequel il faut exploiter l’énergie provenant de cette colère, et comment l’exploiter,  alors nous ne voulons pas qu’elle l’élimine ! Au contraire. Dans certains cas, et le roi David en est l’exemple par excellence, nous voulons que cette colère, génératrice d’énergie positive, soit présente. C’est elle qui nous permet de vaincre le mal. Mais afin de savoir si la colère qui bout en nous est justifiée, s’il faut en faire usage, il est nécessaire d’être capable de discernement. A cette fin, nous avons besoin du Ayin, de l’œil, plus précisément du bon œil : l’œil droit attribué au mois de Tevet.

Le Bné Issachar, dans ses écrits sur les mois de Kislev et Tevet[4] -deux mois qui sont donc liés par la fête de ‘Hanoucca-, indique que nous avons deux Mitsvot très spéciales pour renforcer cette qualité du bon oeil que nous recherchons. Tout d’abord, comme à chaque début de mois, sa sanctification telle qu’elle nous est indiquée dans la Thora : « lorsque que tu observeras la lune et qu’elle sera ainsi, tu sanctifieras le mois[5] ». Ensuite, et ceci est propre au mois de Tevet qui tombe durant la fête de ‘Hanoucca : la Mitsva d’allumer les lumières de ‘Hanoucca. Lumière qu’on ne peut utiliser, juste regarder. Deux Mitsvot qui requièrent l’usage des yeux, du bon œil, celui qui sait discerner.

Le mois de Tevet a pour caractéristique la colère mais aussi celle de l’œil droit. Si nous réussissons à optimiser notre façon de voir le monde, de discerner non seulement ce contre quoi nous devons nous battre (et ceci est vrai dans tous les domaines de la vie, privée comme publique) mais aussi le potentiel énergétique de notre colère, alors il ne nous est pas demandé de l’éliminer de notre vie, mais on contraire de l’utiliser à bon escient.

Je vous souhaite un excellent mois de Tevet.

 


[1] Genèse 25, 25

[2] Samuel I, 16,12

[3] Berechit rabba 63, 8

[4] Rabbi Tsvi Elimelech Shapira de Dinov, Bné Issachar Kislevet et Tevet, 2ème Ma’amar

[5] Traité Roch Hachana,20 a

Nathalie Loewenberg

Nathalie est une yoetzet halakha - conseillère en pureté familiale. Elle est aussi une épouse et une mère. Son défi quotidien est de remplir pleinement ces différents rôles entre 2 carreaux de chocolat et un verre de thé (au lait s'il vous plait).