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SOS : Parents d’ados en détresse !

Haussement des épaules, sourcils qui se lèvent, soupir d’exaspération, et porte qui claque… On la connaît, ou on l’appréhende tous : la fameuse crise d’ado !

Les parents sont préoccupés face à cet enfant qu’ils ne reconnaissent pas, et qui semble traverser des moments de chamboulement profond. Comment les aider ? Comment être présents sans être intrusifs ? Comment les comprendre ?

Avant tout, certains seront rassurés de l’apprendre, d’autres ne pourront plus prétexter cet « argument », mais nous vous le dévoilons tout de même : le concept de la crise d’adolescence ne possède aucun fondement scientifique.

Voilà c’est dit !

C’est au XXe siècle, dès le début de l’histoire de la psychologie de l’adolescence, que l’idée, selon laquelle la transition vers l’âge adulte s’accompagne nécessairement d’une période de crise, s’impose et se retrouve dans diverses théories autour de l’adolescence.

Et ce n’est qu’en 1970 qu’une série de travaux scientifiques questionnera ce concept de passage en crise pour finalement l’infirmer. Ce mythe pourrait en partie découler d’une erreur provenant d’un biais d’échantillonnage : les conclusions des études auraient été tirées à partir d’échantillons d’adolescents consultant un psychologue ou un psychiatre. De fait, ces jeunes éprouvent des difficultés conséquentes ou présentent parfois un véritable trouble psychologique. La déduction que tous les adolescents passent par un moment de crise a pu s’établir dans ce cadre, même s’il s’agit là d’une erreur de raisonnement. Ainsi, cet échantillon n’est pas représentatif de la population.

Quoi qu’il en soit, les auteurs contemporains appréhendent l’adolescence selon les enjeux développementaux propres à cette période. Autrement dit, ils identifient des tâches principales de l’adolescence comme l’affirmation de son autonomie, l’établissement de relations harmonieuses avec leurs pairs, l’acceptation d’un corps sexué etc. Des théories voient le jour et ont pour ambition d’expliquer le développement de l’adolescent en mettant en exergue une réalité centrale.

Intéressons-nous au point de vue d’Erik Erikson, psychologue germano-américain, qui considère la construction identitaire comme tâche centrale de l'adolescence. Il la définit comme « un engagement dans des domaines de vie fondamentaux garantissant l’intégrité du développement et l’intégration du futur adulte dans la société ».

L’aboutissement identitaire correspondrait selon Erikson à une synthèse réalisée à partir des éléments du passé (histoire personnelle), des caractéristiques du présent (traits de personnalité, besoins…) et des attentes du futur. Cette recherche étant cruciale dans le développement de l’adolescent, elle est ainsi synonyme de « crise », entendons là un tournant majeur et non une fatalité, qui pourrait être dépassée quand un équilibre des forces qui s’opposent est atteint.

Ainsi, on accèderait à une identité dite « réalisée » dès lors que l’adolescent a atteint un sentiment de bien-être et de confiance sur un plan individuel, et qu’il s’engage, de façon souple mais durable dans des domaines fondamentaux de la vie, ce qui garantirait son intégration dans la société.

A ce stade identitaire, une personne est à même de répondre à ces questions particulièrement saillantes au cours de l’adolescence : Qui suis-je ? D’où je viens ? Vers où je me dirige ? Quelle trajectoire de vie j’emprunte ?

Un autre psychologue américain du nom de Marcia reprend alors la théorie d’Erikson et la rend opérationnelle : il en ressort ainsi deux grands processus de base de la construction identitaire, l’exploration et l’engagement. L’exploration fait référence à l’expérimentation de l’adolescent des différentes possibilités dans un domaine de vie (religieux, politique, professionnel…). L’engagement équivaut à l’adhésion du jeune à un ensemble de valeurs, de buts et de croyances. La conscience identitaire résultera des engagements de l’individu faisant suite à son exploration dans des sphères significatives. Les adultes gravitant autour de l’adolescent assimilent ce passage à une « crise »

Ces processus recouvrent un sens particulier à l’adolescence car ils supposent une sortie de la période de dépendance que représente l’enfance. Cela induit un temps d’exploration où le jeune expérimente les différents possibles, les différents rôles et les différents aspects de la société (au sens large), laquelle devra lui accorder ce délai de recherche. L’engagement qui en résultera est un positionnement personnel qui relève du processus d’individuation. Si cet engagement a une valeur sociale, il procure par ailleurs au jeune un sentiment d’être soi.

En combinant les processus d’exploration et d’engagement, Marcia définit quatre statuts identitaires de l’adolescent :

  • La réalisation identitaire : elle fait référence à un positionnement personnel grâce à des engagements faisant suite à une exploration importante. Ces jeunes sont en capacité d’argumenter les raisons de leurs choix.
     
  • Le moratoire identitaire : il s’agit d’une exploration conséquente des jeunes avec une présence d’engagements encore vagues.
     
  • La forclusion identitaire : c’est la manifestation d’engagements forts sans qu’il y ait eu d’exploration préalable. Ces jeunes embrassent des valeurs sans les avoir assimilées eux-mêmes, et présentent des discours tranchés, stéréotypés.
     
  • La diffusion identitaire : elle correspond à l’absence d’engagement suite à une faible exploration des possibles. Ces adolescents semblent désintéressés et donnent l’impression de se laisser porter.

Parents lecteurs, rassurez-vous : il ne s’agit pas là d’un « statut-étiquette » dans lequel enfermer l’adolescent, mais bien plus d’une progression de la construction identitaire allant de la diffusion ou de la forclusion vers le moratoire puis enfin la réalisation identitaire. Ces étapes clés seront vécues par le jeune avec plus ou moins d’intensité, plus ou moins longtemps.

Poser des mots sur ces processus permet de les rendre moins conséquents, de s’accorder un temps de recul pour situer son adolescent et pouvoir ajuster son comportement à ses besoins.

Il ne nous reste plus qu’à souhaiter bonne recherche à vos adolescents, et bon accompagnement à vous, parents !

Noémi Benhamou

Psychologue diplômée à Bordeaux, Noémi s'inscrit dans le courant de la Psychologie Positive. Passionnée par la communication, elle anime des ateliers langue des signes pour bébés et prochainement des ateliers Faber & Mazlish. Entre deux consultations et un bavarois, Noémi s'adonne à la création d'outils pédagogiques innovants.