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Se laisser porter par les vagues.

e suis de nature une personne qui aime avoir le contrôle sur ce qui se passe, aime que tout soit organisé, à l’heure… bref une « yekke ».

En conséquence de quoi : « laisser couler », « laisser passer », « y aller zen » ne sont pas des choses qui me viennent naturellement, même si je suis souvent plus que consciente de leur importance dans la vie, dans mes relations avec autrui, avec mes enfants, avec moi-même.

Malgré leur aspect « hors structure », les grandes vacances ne me font pas « peur » : j’adore avoir mes enfants à la maison, faire des choses avec eux, sortir, parler, découvrir (j’avoue que le fait de ne pas travailler en dehors de la maison aide beaucoup). Cette année, pour diverses raisons, beaucoup de nos projets n’ont pas pu être réalisés et donc sur ce plan, la rentrée scolaire approchante s’avère être tout de même un soulagement certain. Une reprise de la routine, du connu.
Ou pas.

Je suis optimiste à l’idée de savoir que dans deux semaines tout cela sera loin derrière moi ; mais pour l’instant, la rentrée scolaire recèle en elle beaucoup d’incertitudes, de questions sans réponses, et en un mot pour la maman yekke que je suis : de stress.
Si on y ajoute le stress de ces deux derniers mois de vacances (plus les deux mois d’avant, si je veux être honnête avec moi-même), on comprendra l’importance de la matinée que j’ai eue la semaine dernière.

Une matinée seule.
Sans les enfants.
Sans liste de courses, de visites chez le docteur, de coups de téléphone à passer (j’ai consciemment laissé un de mes portables à la maison).
Une matinée pour me relaxer, vider ma tête de ce stress, me ressourcer.

Je suis allée à la plage toute seule -le rêve pour beaucoup- mais aussi une nouveauté pour moi.

Mises à part quelques rares et courtes escapades, je ne suis jamais (si, si, vous avez bien lu - jamais) allée à la plage pour une matinée entière, et à fortiori seule. J’ai carrément demandé des conseils sur Facebook, c’est dire !
Cette matinée a été extraordinaire : me mettre dans une situation où je n’aurais pas d’obligations était exactement ce dont j’avais besoin.
Mais surtout, cette matinée a aussi été une leçon extraordinaire que j’espère garder pour longtemps.

J’ai décidé de rentrer dans l’eau. Petite confidence : une des raisons était aussi pour voir si les instructions que je donne aux femmes pour savoir comment s’immerger dans la mer étaient bonnes et réalisables. Etant comme je l’ai indiqué une vraie bleue concernant la mer, je me devais de vérifier si ce que je savais de façon théorique était aussi vrai dans la pratique. Ça l’est.

Et là, c’était juste incroyable.
D’abord, marcher sur le sable mouillé à la rencontre des vagues. Se faire éclabousser. Réaliser que de manière automatique un sourire se forme sur le visage à mesure qu’on avance.
Mais aussi, et surtout, après avoir reçu une vague un peu forte sur le visage (mais qu’est-ce que c’est salé !) et observé les autres femmes dans l’eau, changer de technique.
Au lieu de me mettre face à la vague, je me suis retournée.
Puis, au lieu d’attendre que la vague qui arrive par derrière me heurte (un grand kif en soi, mais un peu violent quand même parfois), j’ai changé de technique.
Je me suis laissée porter par les vagues. Soulevée, poussée avec l’eau qui me mouillait entièrement.

Et c’est là que j’ai compris.
En me relâchant, en délaissant le besoin de contrôler, tout allait mieux, en douceur. Au lieu de recevoir l’intensité de la vague dans le dos, ce qui était certes revigorant mais c’était un coup tout de même, je me suis mise en harmonie avec la vague, et mon corps se mouvait avec. Au lieu d’avoir à me battre on faisait « équipe ».

J’ai compris. Que ce n’est pas vrai uniquement dans la mer.
Qu’en cette veille de rentrée, je venais de recevoir de la manière la plus concrète qui soit la signification de ce que je savais déjà intellectuellement, tout en sachant combien c’est difficile à mettre en pratique.

En me laissant porter par les vagues, j’ai aussi relâché les attentes que j’ai (inconsciemment ou non) de mes enfants, je me suis libérée de la projection de mes rêves sur eux. J’ai pris la décision de les accompagner dans leurs choix et non de déblayer le chemin que je pense qu’ils devraient prendre.

Que ce soit clair : ce n’est pas que mes enfants entendent de mon mari ou de moi-même qu’ils devront faire telles études ou tel métier afin de réussir leur vie. Mais j’ai réalisé que mon message leur disant qu’ils étaient maîtres de leurs choix (du moins sur certains points) n’était pas assez clair, car je n’étais pas toujours assez convaincue moi-même.

Nos enfants ont chacun connu un changement assez significatif cette année. Les deux grands en particulier changent non seulement d’école, mais aussi d’effectifs de classe (dans les deux sens…). Ces changements ont certes été réalisés avec leur accord mais je suis consciente que de nombreuse questions, de nombreux choix vont se présenter cette année. Tant d’opportunités où je vais vraiment essayer d’être présente pour eux, mais non pas de mener. Garder l’œil ouvert et critique face à l’établissement scolaire, au travail demandé, aux messages transmis, tout en laissant les enfants faire leurs propres choix. Montrant par nos choix, par notre exemple, quelle est la voie que nous leurs parents préférons, sans enlever à la leur son droit d’être.

Sur le plan personnel aussi, j’espère réussir à me laisser porter par les vagues. Réaliser que j’ai énormément de projets en tête, mais aussi beaucoup de demandes à remplir pour faire face au quotidien. Que je ne peux tout contrôler et que oui, même une yekke comme moi doit laisser dans son emploi du temps une plage horaire pour les imprévus. Le faire d’avance et non essayer de créer des heures en plus dans la journée pour pallier au temps manqué. Au final cela fera de moi une personne plus apte à accepter ce qui ne rentre pas dans la case prévue, à gérer les changements, à être présente pour ceux qui me sont chers et surtout, à ne pas me sentir submergée par la vague venant vers moi mais au contraire pouvoir surfer sur elle.

Bonne rentrée à tous !

 

Nathalie Loewenberg

Nathalie est une yoetzet halakha - conseillère en pureté familiale. Elle est aussi une épouse et une mère. Son défi quotidien est de remplir pleinement ces différents rôles entre 2 carreaux de chocolat et un verre de thé (au lait s'il vous plait).