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La théorie de la résilience

La résilience est une de mes théories favorites en psychologie. C’est un terme utilisé dans plusieurs contextes, qui désigne la capacité d’un organisme à retrouver son état initial après une altération. En psychologie, la résilience désigne la capacité d’un homme à renaître d’un traumatisme, à prendre acte de l'événement sans avoir à vivre dans la dépression et à pouvoir se reconstruire.

Développée en France par Boris Cyrulnik dans les années 90, et présentée dans son formidable livre Un merveilleux malheur, la résilience signifie qu’une personne ayant subi un choc psychologique grave peut développer une force psychique qui la rend, non plus fragile, mais au contraire résistante et dotée de forces pour le restant de sa vie.

Car un événement profondément accablant peut avoir deux répercussions sur une personne : soit elle reste bloquée dans le passé et peut développer ce qu’on appelle un état de stress post-traumatique, soit elle se remet à vivre le moins mal possible, voire mieux, et plus forte.

La psychologie telle qu’elle a été enseignée en France, a d’abord puisé ses théories de la psychanalyse. Or pour Freud, tout événement traumatique dans l’enfance rendrait une personne vulnérable à l’âge adulte et pourrait être à l’origine de névroses voire de psychoses graves. L’enfance serait alors la zone à explorer pour trouver la causalité de nos symptômes, l’endroit dont nous serions en quelque sorte prisonniers en cas de trauma. Le concept de résilience, à l’inverse, met en exergue un degré de liberté chez l’homme et signifie que nous ne sommes jamais soumis aux événements qui nous affaiblissent et en aucun cas, déterminés par notre histoire passée. Tout le travail d’un homme est de chercher à comprendre ce qui va le faire renaître et lui permettre un autre développement.

La résilience est un concept révolutionnaire par le fait qu’elle oppose le passé à l’avenir et place l’homme dans une perspective de mouvement, malgré son passé. Et c’est novateur aussi bien au niveau de l’approche théorique profondément humaine qu’elle met en lumière, qu’au niveau de la nature des interventions psychothérapeutiques qui vont en découler. Un psychothérapeute n’aidera pas son patient de la même manière s’il l’inscrit dans une démarche reconstructive tournée vers l’avenir, en tant qu’individu doté de force de résilience, que s’il l’inscrit dans un passé figé et inexorable.

C’est aussi un principe que l’on retrouve en psychologie positive : l’individu est rempli de ressources pour affronter la vie et a en lui des capacités incroyables pour faire face. Il peut tout à fait rebondir mais manque parfois d’une confiance lui permettant d’utiliser ses ressources. Le psychothérapeute va servir de révélateur de forces au patient, mais pas plus… Par son empathie et son écoute active, il permet au patient de trouver lui-même la solution, car c’est toujours le patient qui détient SA solution.

Mais d’où vient cette résilience et peut-on la développer ?

Il faut savoir que la capacité de résilience se trouve en chacun de nous. Elle n’est pas réservée aux personnes extra-ordinaires et surtout, elle peut s’apprendre.

Deux facteurs favorisent la résilience : l’amour et l’attachement reçus dans notre enfance, qui constituent une base sécurisante pour l’avenir ET notre capacité à regarder l’événement tragique, à avoir une vision positive de nous-mêmes et à gérer nos émotions. Si nous n’avons pas beaucoup d’emprise sur le premier facteur, le second facteur est entre nos mains.

Mais comment faire ?

  • Tout d’abord en créant un socle relationnel solide autour de nous avec notre famille et nos amis proches. C’est ce qu’on appelle se créer une base sécure et ce qui permet de se sentir soutenu, porté.

  • En acceptant le changement, dans un sens comme dans un autre. Tout est possible oui, le pire mais aussi… le meilleur. Il n’y a pas d’évolutions sans changement. A nous de développer la sagesse pour discerner les situations que l’on peut changer de celles que nous ne pouvons pas changer.

  • Etre confronté à une situation angoissante peut nous donner l’impression qu’il n’y a plus de perspectives, que c’est une voie sans issue. Or il faut toujours avoir présent à l’esprit que les choses évoluent et faire tout notre possible pour regarder une situation sous un autre angle, dans sa globalité et prendre ainsi de la hauteur.

  • La confiance en nos propres ressources se développe également : observer comment nous avons remonté la pente dans les moments difficiles nous permet de nous rendre compte que nous avons des forces et de nous dire : « ah oui quand même, j’ai réussi à ce moment-là à m’en sortir ».

  • Enfin, reconnaitre, accepter et exprimer ses émotions. Il n’y a rien de plus contre-productif que se battre contre une émotion, la repousser et la refouler. Elle reviendra en force un peu plus tard, d’une manière ou d’une autre. On a le droit de pleurer, on a le droit d’aller mal et on a le droit de le dire. Se l’autoriser va nous permettre une renaissance. Car l’énergie perdue à lutter contre nos émotions négatives, contre la tristesse, la déception ou les souvenirs négatifs, représente une énergie perdue. Une énergie que nous pourrions mettre pour nous reconstruire et pour nous engager dans des actions qui correspondent à nos vraies valeurs. Comme le disait Winnicott : « Car la vie est en elle-même une thérapie qui a un sens ».

Claire Dahan

Je suis Psychologue clinicienne et psychothérapeute, formatrice en structures d'accueil petite enfance, et coach certifiée spécialisée en transition de vie. Je fais également de la médiation familiale et de la guidance parentale. Epouse et maman de deux enfants, quand je vois que j'ai vraiment trop de temps libre et que moi aussi j'ai envie de m'exprimer, j'écris sur ConfidencesDeMaPsy www.clairedahan.fr