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La flèche de l'archer

Le mois de Kislev est automatiquement associé à Hanouka, la lumière des bougies, le combat entre le pur et l’impur, les Grecs contre les Juifs…  A tel point que l’on oublie parfois que cette belle fête ne commence en fait que la dernière semaine du mois, le 25 Kislev ! Essayons donc d’abord de nous attarder un peu sur la signification de ce mois.

Chacun des mois de l’année juive a un signe du zodiaque, un Mazal, qui lui est associé. Ces signes apparaissent déjà dans les sources anciennes, et ne sont pas donnés au hasard. Il ne s’agit pas de prévisions astrologiques douteuses de fin de journal, mais bien de rechercher le sens profond et l’influence particulière qui existent durant ce mois. Nous ne rentrerons pas ici dans les méandres des raisonnements et explications avancés par nos Sages, mais nous nous contenterons de ce qui est clairement indiqué : à quel signe correspond chaque mois. Concernant le mois de Kislev, il s’agit du Mazal Kechet, le signe du Sagittaire, l’archer (kechet signifie arc).

Nous savons également que les noms des mois du calendrier juif n’ont pas leur source dans la Torah, où ils sont tout simplement désignés par leur ordre chronologique par rapport au premier mois, celui où les enfants d’Israël sont sortis d’Egypte afin de devenir un Peuple (le mois de Nissan). Les noms des mois que nous connaissons ont été donnés à l’époque de l’exil babylonien, et nous retrouvons les noms de certains mois dans des livres de la Bible de cette époque (dans les livres de Néhémie et de Zacharie pour le mois de Kislev, par exemple[1]).

Cependant, certains commentateurs veulent trouver un lien plus profond entre ces noms et notre tradition. L’origine de celui de Kislev est ainsi reliée à la racine du mot K.S.L que nous trouvons dans les Proverbes (Michlé)[2] et Job[3]. Ceci rend la chose encore plus étrange : le kessil, de cette même racine donc, est la personne insensée, irrationnelle, qui agit sans prendre compte les dangers possibles. Pourquoi « s’acharner » à trouver une source juive pour « justifier » un nom d’origine babylonienne si telle en est la signification ?

Si nous nous attardons sur les commentaires des deux sources que nous avons citées, nous découvrirons que le Malbim explique que le kessil est la personne qui agit non pas sans réfléchir, mais qui agit ainsi car elle est certaine que rien de mal ne pourra lui arriver. Son assurance, son Bita’hon, est donc complet ; mais elle ne fera pas non plus d’efforts pour garantir que le bien se produira. 

Le Rav Tzadok de Lublin, après avoir expliqué dans son ouvrage Pri Tzadik[4] que chaque mois est un renouveau et a sa propre sainteté, précise que chaque mois a aussi une caractéristique propre à lui, que nous devons assumer. Dans le cas de Kislev, c’est que chacun d’entre nous ait une confiance totale en D.ieu.

Nous avons ainsi compris la raison de rechercher une racine biblique à ce nom babylonien…Mais le choix du signe astrologique, Kechet, le Sagittaire –ou l’archer-, est-il lui aussi dû à une raison logique ? Et surtout, y’a-t-il un lien entre le signe astrologique et la caractéristique du mois ?

Le roi David dans son livre des Psaumes, les Tehilim, écrit[5] : « Des flèches dans la main d’un guerrier, voilà ce que sont les fils de la jeunesse ».  La période où nos enfants grandissent est semblable aux flèches du guerrier, alias les parents et les éducateurs : nous faisons tout notre possible pour donner à nos enfants, nos élèves, les bases dont ils ont besoin. Nous essayons d’avoir une idée claire sur notre crédo, nos théories, nos vérités afin que nos flèches touchent leur cible. Nous visons, nous pouvons tendre la corde de l’arc d’une main sûre, de cette main de « guerrier » qui ne flanche pas… Mais tel l’archer, nous savons tous qu’il existe toujours des éléments externes pouvant influencer la trajectoire de la flèche une fois que nous l’aurons relâchée (vers l’âge de l’adolescence ?). Ce n’est que lorsque la flèche aura atteint la fin de sa trajectoire que nous pourrons savoir si elle a également atteint le but désiré.

Afin d’être des parents, des éducateurs, il faut certes avoir l’endurance de l’archer et du guerrier, être certain du but que nous voulons atteindre. Mais il faut aussi –et surtout- avoir énormément de confiance, de Bita’hon, pour penser que rien de mal ne nous arrivera, ne leur arrivera ; car sans cela, il faudrait être insensé pour prendre sur soi une telle responsabilité que celle d’éduquer un enfant tout en sachant combien l’issue de nos efforts dépend de tant de facteurs qui ne sont pas forcément sous notre contrôle. 

Et comme rien n’est dû au hasard… J’ai beau avoir commencé en professant ne pas vouloir parler de la fête de Hanouka, mais uniquement de la signification du mois de Kislev pendant lequel tombe cette fête, ceci est évidemment impossible ! Hanouka nous donne certes des associations de bougies, d’huile d’olive et de beignets, mais Hanouka a aussi et surtout comme racine H.N.Kh.  – ‘Hinoukh, l’éducation !

Je vous souhaite un excellent mois de Kislev. Un mois rempli de confiance, de bita’hon en D.ieu : que nous soyons capables de réussir dans la mission qu’Il nous a confiée dans tous les domaines, et en particulier dans celui de l’éducation de nos enfants.

 

 

 

 

[1] Nehemie 1,1 Zacharie 7,1

[2] Proverbes 3, 21

[3] Job 4,6 et 31,24

[4] Pri tzadik sur Berechit, mois de Kislev

[5] Psaumes 127,4

Nathalie Loewenberg

Nathalie est une yoetzet halakha - conseillère en pureté familiale. Elle est aussi une épouse et une mère. Son défi quotidien est de remplir pleinement ces différents rôles entre 2 carreaux de chocolat et un verre de thé (au lait s'il vous plait).