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Je dirai bonjour Madame

Comme nous aimons que nos enfants soient polis ! Qu’ils disent bonjour, au revoir, merci et s’il vous plait – même à de parfaits inconnus. 
Comme nous nous recroquevillons quand le rejeton ne remercie pas l’épicier du coin qui a donné un bonbon ou un ballon « parce qu’il est si mignon » !

Alors ? Comment garantir que notre progéniture soit polie comme la reine d’Angleterre ?

Méthode numéro 1

L’entraînement

Le principe est facile : nous mitraillons le petit de questions-type à la maison.

« On dit quoi quand on reçoit un bonbon ? Et quand tu veux du jus ? Et quand tonton Barbe-qui-pique te fait un bisou ? Et quand le bébé de la voisine te prête son doudou mâchouillé ? » …
Le moment venu, on retient son souffle. Dira ? Dira pas ?

Méthode numéro 2

Le marché (noir)

« Mon amour, prunelle de mes yeux, nous allons rendre visite à Tata Haleine-pas-fraîche. Quand tu la verras, tu lui diras un grand bonjour, tu la laisseras t’embrasser. Tu diras merci pour le bout de gâteau que tu recevras, même s’il est un peu sec. Et quand on rentrera, tu pourras jouer une heure sur la X-box. OK ? »

Méthode numéro 3

La coercition (pour ne pas dire la punition)

« Dis merci ! Maintenant ! » « La dame a dit bonjour, tu es quoi, un malotru ? Réponds ! » Ou la formule plus subtile : « Je vais dire au monsieur de te reprendre le ballon si tu ne dis pas merci tout de suite. »

Hein ? ça ne marche pas ? Bon alors :

Méthode numéro 4 

L’imitation (autrement connue comme « éduquons-nous d’abord »)

Nos enfants sont des mimes extraordinaires. Je défie qui que ce soit de ne pas se rappeler de la fois où la petite a tenu le téléphone juste comme maman, ou le garçonnet s’est affalé sur le canapé pile comme papa, où quand le bébé nous a fait les gros yeux en disant « non non non » avec la gestuelle exacte que nous utilisons quand il fait une bêtise.  C’est mignon, ça nous fait rire, ça peut mettre un peu mal à l’aise quand la princesse nous mime en train de parler de la belle-mère au mauvais moment et surtout cela nous prouve encore une fois qu’ils ne perdent rien de ce qui se passe à la maison. Ni des actions, ni du langage, ni des émotions. Si les adultes présents dans la vie de l’enfant sont toujours polis, montrent du respect l’un envers l’autre (et envers les autres, grands et petits), s’ils sont sincères… l’enfant s’imprègnera de ces messages. Tenir la porte ouverte pour une personne âgée, dire bonjour au gardien et expliquer à l’enfant au passage combien son métier nous aide, dire merci à la caissière qui rend la monnaie montre à nos enfants que chaque personne est importante. De même remarquer la beauté d’un paysage, l’importance des abeilles, le monde merveilleux que D.ieu nous a donné… tout cela aiguise la capacité d’un enfant à être réceptif à ce qui l’entoure et à montrer qu’il sait l’apprécier. Il n’est pas non plus question de jouer la comédie. Nous n’avons pas besoin de dire un faux merci à la vielle tata par alliance qui nous a donné un cadeau pour le moins inutile. L’enfant « captera » tout de suite qu’on n’est pas sincère (leurs capteurs sont infiniment plus subtils que les nôtres). Mais nous pouvons dire « Oh tata, c’est gentil d’avoir pensé à nous, d’avoir pris de temps de nous chercher un cadeau, comment as-tu su que j’aime cette couleur ? » même si l’objet est affreux. Savoir trouver quelque chose de positif en chaque chose est une qualité qui s’apprend.

Oui, il est possible que tout comme le chant d’Anne Sylvestre, notre enfant dira plus souvent bonjour aux coccinelles et aux chats du coin qu’à la voisine. Mais si nous nous préoccupons de lui montrer combien nous respectons l’autre et apprécions chacun pour sa contribution dans notre monde, si nous aussi nous apprenons à dire bonjour au nuage blanc et à la belle fleur, alors viendra le jour où il utilisera de lui-même, naturellement et honnêtement toutes ces formules polies.

Et en cadeau – le lien vers le chant si joli d’Anne Sylvestre

https://www.youtube.com/watch?v=RZ0wQNkA4Rg


Texte: Nathalie Loewenberg
Illustrations: Elsa Kogel

Elsa Kogel

Elsa Barros - Kogel est médecin généraliste, ancien assistant des hôpitaux, et mère de trois enfants. Elle vit en région parisienne.