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Eloul- soyez actifs

En entrant dans le mois d’Eloul, nous abordons la dernière ligne droite de l’année. Ce mois-ci, bien que ne comportant pas de fêtes, n’en est pas moins important : c’est le mois consacré à la préparation aux grandes fêtes de Roch Hachana et Yom Kippour. Un mois pour faire le point sur nos actions et nos pensées, un mois pour se repentir, un mois pour travailler sur nous-mêmes afin de nous rapprocher de notre Créateur.

A cet effet, la récitation des Seli’hot (très) tôt le matin est ajoutée durant le mois entier d’Eloul pour les Sefaradim et la semaine précédant Roch Hachana pour les Achkénazim. Ces derniers ajoutent également le psaume 27 à l’issue de la prière, chaque jour, depuis le premier jour d’Eloul jusqu’à Hochana Raba, le jour où notre verdict est définitivement scellé par Dieu.

J’aimerais que nous regardions ce psaume de plus près.

La Bible du Rabbinat Français traduit ainsi ce psaume :


Psaumes, 27

1: De David. Le Seigneur est ma lumière et mon salut : de qui aurais-je peur ? Le Seigneur est le rempart qui protège ma vie : qui redouterais-je?
2: Quand des malfaiteurs m’approchent pour dévorer ma chair, mes adversaires et mes ennemis qui me guettent, ce sont eux qui trébuchent et tombent.
3: Qu’une armée prenne position contre moi, mon cœur n’éprouve aucune crainte ; que la guerre fasse rage contre moi, même alors je garde ma confiance.
4: Il est une chose que je demande au Seigneur, que je réclame instamment, c’est de séjourner dans la maison de l’Eternel tous les jours de ma vie, de contempler la splendeur de l’Eternel et de fréquenter son sanctuaire.
5: Car, au jour du malheur, Il m’abriterait sous son pavillon, Il me cacherait dans la retraite de sa tente, Il me ferait monter sur un rocher.
6: Dès à présent je porte le front haut en face des ennemis qui m’entourent ; je vais immoler, dans sa demeure, des sacrifices de triomphe, je vais chanter, célébrer le Seigneur.
7: Ecoute, Seigneur, ma voix qui t’appelle, sois-moi propice et exauce-moi !
8: En ton nom mon cœur dit : "Recherchez ma face ! " c’est ta face que je recherche, ô Seigneur !
9: Ne me cache point ta face ; ne repousse pas ton serviteur avec colère : tu es mon soutien. Ne me délaisse ni ne m’abandonne, Dieu de mon salut.
10: Car père et mère m’ont laissé là, mais l’Eternel me recueillera.
11: Guide-moi, Eternel, dans tes voies, dirige-moi dans le droit chemin, à cause de ceux qui me regardent de travers.
12: Ne me livre pas à la fureur de mes adversaires, car ils se dressent contre moi, les témoins mensongers, ceux qui soufflent la violence.
13: Ah ! Si je n’avais la certitude de voir la bonté de Dieu sur la terre des vivants !…
14: Espère en l’Eternel, courage ! Que ton cœur soit ferme ! Oui, espère en l’Eternel.

 

 

Dans l’un de ses cours, le Rav Elchanan Samet[1] propose que ce psaume soit scindé en deux parties : la première du verset 1 au verset 6, où l’auteur montre une confiance totale en Dieu et la deuxième, du verset 7 au verset 13, où l’auteur parle depuis son désespoir, ne montrant sa confiance en Dieu que dans le dernier verset de cette partie dans une phrase inachevée. De plus, là où dans la première partie l’auteur parle DE Dieu (à la troisième personne donc), il s’adresse A Lui directement dans la deuxième partie. Le verset 14, dernier verset de ce psaume étant une conclusion pour le psaume entier.

Pourquoi ce psaume a-t-il été désigné pour être lu durant le mois d’Eloul ? Si la première partie est compréhensible, il semblerait que la deuxième n’ait pas sa place ce mois-ci ! Pourquoi parler de désespoir, de sentiment d’abandon ? Cela avait plus sa place le mois dernier, au moment des catastrophes du mois d’Av !

Roch Hodech Eloul, le premier jour du mois d’Eloul, est aussi la troisième fois où Moïse est remonté sur le Mont Sinaï afin de graver de nouvelles Tables de la Loi, puisqu’il avait brisé les premières en voyant le peuple danser autour du veau d’or.

Trois fois ? Oui ! Une première fois après que le Peuple a entendu les Dix Commandements afin d’apprendre la Torah sur le Mont Sinaï et de recevoir les (premières) Tables de la Loi, une deuxième fois après avoir cassé ces Tables en voyant le veau d’or afin de prier pour que Dieu n’annihile pas Son Peuple mais lui pardonne, et une troisième fois, le premier jour du mois d’Eloul donc, afin de graver les deuxièmes Tables et recevoir le Pardon divin complet pour le peuple « Sala’hti Kidvarei’ha », J’ai pardonné comme tu l’as demandé, formule de pardon donnée le jour du retour de Moïse parmi le peuple 40 jours après être monté, et qui est le jour de Yom Kippour.

Rachi explique[2] que durant les 40 premiers jours, nous étions en période de grâce alors que les deuxièmes 40 jours nous étions sujets au courroux divin, car juste après le veau d’or. Et la troisième série de 40 jours ? Eh bien elle était « karichona » dit le verset, comme la première fois, c’est-à-dire également une période de grâce.

Essayons de comparer la première et la troisième période afin de mettre un peu de lumière sur notre psaume. Dans les deux périodes, nous sommes en période de grâce. Dans les deux périodes, nous recevons (ou du moins aurions dû recevoir) les Tables de la Loi. Et c’est ici que la similitude s’arrête : la première fois Dieu a gravé de Son doigt les Tables pour nous, nous les a données. Les deuxièmes Tables sont certes gravées par un homme extraordinaire et que personne n’a jamais égalé, Moïse, mais elles restent gravées par un homme, mortel comme nous. Les premières Tables (et le don de la Torah, avec toute sa cérémonie) ont été « forcées sur nous », les deuxièmes viennent après un repentir et la volonté du Peuple de suivre les préceptes divins.

Le Sfat Emet[3] nous explique que cette différence est l’essence-même du mois d’Eloul. Les premières Tables nous ont été données, le mouvement était du haut vers le bas, de Dieu vers nous, nous étions passifs. Pour les deuxièmes Tables par contre, il y a eu un mouvement du bas vers le haut. Le peuple a voulu se rapprocher de son Créateur, se repentir : les enfants d’Israël ne sont plus passifs, mais bien actifs.

Certes, nous pouvons avoir un lien avec Dieu en étant passif, respecter la Torah… mais nous voyons qu’il est aussi plus « simple » de perdre le contact. En étant actif, en faisant nous-mêmes l’effort de nous rapprocher, nous arrivons à une proximité bien plus grande avec Dieu. Le pardon peut être complet justement parce que nous avons fait le pas, l’effort, d’aller vers Lui.

Eloul est le mois où Dieu attend que nous nous rapprochions de Lui, le recherchions. C’est le mois des tefilot et de la miséricorde, le mois où nous pouvons, où nous devons, être actifs.

Nous pouvons maintenant revenir à notre psaume et comprendre pourquoi il a été choisi comme étant LE psaume que l’on récite ce mois-ci. Certes, il est important d’avoir une confiance totale en Dieu, comme nous le voyons dans la première partie, mais c’est en « mettant la main à la pâte » en recherchant Dieu activement, en essayant de se rapprocher de Lui, même si nous sommes motivés par le désespoir, que nous arriverons à nos fins.

« L’Eternel est proche de ceux qui l’invoquent[4] ».

 

[1] http://etzion.org.il/he/%D7%9E%D7%96%D7%9E%D7%95%D7%A8-%D7%9B%D7%96-%D7%94-%D7%90%D7%95%D7%A8%D7%99-%D7%95%D7%99%D7%A9%D7%A2%D7%99

[2] Deutéronome 9, 18

[3] Sfat Emet sur Eloul, années תרמ"ז - תרמ"ח

[4] Psaumes 145, 18

Nathalie Loewenberg

Nathalie est une yoetzet halakha - conseillère en pureté familiale. Elle est aussi une épouse et une mère. Son défi quotidien est de remplir pleinement ces différents rôles entre 2 carreaux de chocolat et un verre de thé (au lait s'il vous plait).