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Comment donner à ses enfants le goût de lire ?

Tous les parents soucieux de l’éducation de leurs enfants souhaitent les voir lire. Les bienfaits de la lecture sont multiples : elle permet d’acquérir une bonne maîtrise de la langue, que ce soit du vocabulaire, de la syntaxe ou de l’orthographe, elle permet également de développer l’imagination et la sensibilité, elle enrichit la culture de l’enfant etc...

Les conseils aux parents pour encourager la lecture visent essentiellement la période de la petite enfance. On trouve évidemment l’importance de lire à ses enfants quotidiennement dès le plus jeune âge, le fait de donner soi-même l’exemple, d’aménager un moment quotidien de lecture (généralement le soir, avant le coucher) et d’autres conseils utiles.

Comme souvent dans les ressources sur la parentalité, dès qu'il s’agit d’enfants plus âgés, on ne sait plus vers où se tourner. Les sites internet semblent insinuer que le passage de « écouter lire » à « lire de façon autonome » se fait naturellement si on a bien suivi les conseils de la petite enfance.

Or c’est faux.

Certains enfants font ce passage naturellement et deviennent des dévoreurs de livres. Mais pas tous. Que faire alors avec les enfants qui rechignent à prendre un livre et à se laisser entrainer dans sa lecture ? Moi qui vivais dans les livres petite fille et qui ai à mon actif des milliers d’histoires racontées, je me suis sentie déroutée et perdue en constatant que mes enfants ne lisaient pas ou si peu. Mais finalement, aujourd’hui, quand mes enfants me supplient de passer pour eux à la bibliothèque et se précipitent avec joie sur leurs bouquins, je me sens victorieuse. Et c’est cette victoire et ses conclusions que je veux partager, en espérant qu’elles puissent aider d’autres parents frustrés comme je l’ai été.

Avant de vous proposer les conseils auxquels je suis arrivée par ma propre expérience, il est important d’analyser ce passage de « écouter lire » à « lire ». Qu’implique-t-il pour l’enfant ? Il implique avant tout un effort. Quand l’enfant écoute une histoire, son effort est minime. Celui-ci consiste essentiellement à écouter et à se concentrer sur l’histoire. En revanche, quand c’est lui qui lit, il doit faire l’effort de déchiffrer tous ces petits signes noirs et leur permettre de signifier une histoire. Je pense que, dans un premier temps, le secret du goût de la lecture réside dans l’équilibre entre l’effort et le plaisir. Si l’effort pèse plus que le plaisir, l’enfant n’aura pas envie de lire. Si le plaisir l’emporte, l’enfant sera prêt à faire un effort pour y accéder.

Mes conseils sont les suivants :
Ne renoncez jamais à donner à vos enfants le goût de lire. Pas à 8 ans, ni à 11, ni à 13, ni même à 15 ! Bon peut-être qu’à 20 ans, c’est fichu. Encore que. Ne pas renoncer, ne pas baisser les bras c’est continuer ses efforts, multiplier ses offres, continuer de préserver des moments de lecture (c’est-à-dire sans tablette, smartphone et autres). C’est surtout ne pas enfermer son enfant dans une étiquette d’enfant-qui-ne-lit-pas, ni le laisser s’y enfermer. Si mon enfant me dit « moi de toute façon j’aime pas lire », je rectifie : « tu n’as pas encore trouvé ce que tu aimerais lire ». Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. Ce n’est pas un enfant qui n’aime pas lire, c’est un enfant qui n’a pas trouvé le type de livres qui fera triompher le plaisir sur l’effort. Le jour où il trouvera le juste équilibre entre plaisir et effort, il lira.

Ce qui m’amène à mon deuxième point : variez les offres de livres et ne méprisez aucune lecture ! Il est parfois très difficile de repérer ce qui va plaire à votre enfant. Lui-même ne le sait pas trop.

Mon aîné accrochait, enfant, avec les romans historiques et aujourd’hui avec les livres types Harry Potter. Mon second n’a pas le moindre intérêt pour ces genres, mais était capable, à 10 ans, d’avaler une autobiographie pour adultes d’un personnage rencontré à l’école, pour ne plus lire pendant deux ans avant de se plonger dans des romans d’ados. Bref, c’est assez imprévisible. Et c’est à force de persévérance, en leur rapportant systématiquement des livres de la bibliothèque (« Tiens essaye ça. Un chapitre au moins, ça va peut-être te plaire ») que j’ai fini par trouver ce qui marche pour chacun. Par ailleurs, il faut avoir en tête que toute lecture est valable. Si votre enfant a envie de se plonger dans une BD, ne lui montrez pas que vous auriez préféré qu’il lise un roman. S’il devient accro de la série de romans illustrés Journal d’un dégonflé de Jeff Kinney, ne faites pas la moue. C’est vrai, ce n’est pas de la grande littérature. Mais c’est une lecture dans laquelle il se plonge avec plaisir et c’est ce qui est le plus important. Votre enfant découvre qu’il peut avoir du plaisir en lisant. À une époque où la plupart des enfants et ados passent leur temps devant des écrans de tailles diverses, votre enfant prend du plaisir, grâce à des mots et des dessins, à découvrir l’univers drôle d’un autre enfant de l’autre bout de la planète. Et puis, chemin faisant, il s’exerce à la lecture et acquiert ainsi une meilleure aisance qui lui permettra de faire baisser le coefficient effort au profit du coefficient plaisir. Ce rééquilibrage lui ouvrira, par la suite, d’autres horizons littéraires. Et enfin, il prend confiance en ses capacités de lecteur.

Voilà en quelques mots les conclusions auxquelles je suis arrivée. J’espère qu’elles seront utiles à d’autres parents. Je suis sûre qu’il y aurait encore des choses à dire et peut-être que j’aurai moi-même des choses à ajouter dans les années à venir. Nos enfants sont nos meilleurs enseignants !

Bonne chance et bonne lecture !

Quand s'inquiéter ?

Chez certains enfants, le refus de lire est réellement lié à une difficulté d'acquisition du langage écrit. Le déchiffrage est coûteux et non efficace, le stock de mots reconnus de l'enfant est limité, l'accès au sens est donc très malaisé. Si votre enfant semble avoir des difficultés à comprendre le mécanisme d'association des sons, s'il ânonne sans comprendre ce qu'il lit, s'il confond fréquemment des sons proches, il est préférable de consulter un orthophoniste pour faire un bilan et éventuellement conclure à une prise en charge. Un bilan ophtalmologique et orthoptique sont aussi importants pour éliminer des causes visuelles ou neurovisuelles. 

Hannah Léah Danan - Orthophoniste

 

 

Florence Touati-Wachsstock

Florence Touati-Wachsstock est responsable de projets éducatifs internationaux. Elle est maman de cinq enfants dont elle aime apprendre tous les jours. Elle se passionne aussi pour les rencontres interculturelles et le dialogue ainsi que l’implication citoyenne.