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Combiner l'allaitement et les études, c'est possible !

n entend tellement souvent « j’aimerais allaiter plus de 3 mois mais je reprends le travail et je ne sais pas si j’y arriverai ». Je souhaite partager avec vous mon expérience. Elle prouve qu’allaiter en travaillant, ou du moins, en étant étudiante à la fac en France, c'est possible.

Tout d'abord, quel était mon rapport à l’allaitement avant de devenir mère? C'était une évidence que j'allaiterais un jour. Je voulais donner le meilleur de moi-même à mon futur enfant. J’avais un très bon exemple: ma sœur a allaité sa fille pendant 3 ans, jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte de sa deuxième fille. La voir allaiter jusqu'à cet âge suscitait chez moi un sentiment particulier. Je voyais cela comme quelque chose de spécial, dans le sens positif du terme, mais également comme quelque chose d’étrange. Je me voyais mal reproduire ce schéma et allaiter si longtemps.

Je me suis mariée et je suis tombée enceinte durant ma deuxième année de licence à la Sorbonne. Mon fils est né au mois de janvier, et dès le mois d’avril, j’ai repris le chemin de l’école. Alors qu'il se nourrissait de mon sein et moi de son amour, il a vite fallu rattraper mes TP et me présenter aux examens. Poursuivre l'expérience de l'allaitement en retournant sur les bancs de la fac a exigé une petite organisation et une grande détermination.

Pour résumer, voici ce qu’allaiter pendant mes études a signifié pour moi :

  • Me lever tous les matins une heure avant la première tétée de la journée pour tirer mon lait (ca tournait autour de 6 h 30). Ce créneau était le plus productif pour moi. Je restais près de mon fils, car le regarder me rassurait et favorisait la montée de lait. Cela ne me prenait que 15 petites minutes parce que j'étais détendue. J'avais confiance en moi et en mon fils. Se lever tôt n'était pas une partie de plaisir, mais j'avais le temps de me rallonger ensuite à côté de mon bébé pour profiter de lui avant ma journée de fac.
     
  • Me trimbaler mon tire-lait tous les jours à la fac. Heureusement qu'il en existe des petits modèles très légers (le site grandir-nature est top pour louer son tire-lait gratuitement avec ordonnance. Les hôtesses sont de bon conseil et adorables - ce qui n’est pas négligeable quand on démarre).

J'étais partie du principe que je tirerai dans les toilettes ce qui me stressait terriblement. Ce n'était pas très hygiénique. De plus, il me fallait une prise pour brancher mon tire-lait. Je ne sais pas si vous êtes familières de l’environnement des toilettes de la fac. Les murs sont décorés de « poésies » et « poèmes romantiques » qui donnent envie… de fuir ! J’en venais même à me demander si les horreurs que je lisais passivement affecteraient la qualité de mon lait ;). Et pour finir il n’y a pas de lunette ! Heureusement, une gentille secrétaire (oui, ça existe !) a appris que je souhaitais tirer mon lait et me remettait tous les jours les clés d’un local qui se fermait de l'intérieur pour que je puisse être tranquille et dans l'intimité. Quel soulagement ! J’avais enfin un endroit sain où sortir mon sein (et une prise électrique) ! Comme quoi, il existe toujours des gens sur qui on peut compter. Encore faut-il ne pas avoir honte de dire qu'on allaite et qu'on a besoin d'aide. Oser demander !

Au final, c’était un moment très reposant pour tirer mon lait. Par ailleurs, je pense que certaines de mes camarades ont pu en profiter puisqu'elles me harcelaient de questions sur l'allaitement, ses bienfaits, ses avantages et ses inconvénients.   

  • Enchainer les allers-retours de la maison à la fac entre midi et deux, lors des premières semaines de séparation, avec mon périnée encore fragile, pour tirer mon lait, donner en même temps à manger à mon fils, et avaler mon sandwich dans le métro. C'était sportif mais ça en valait la peine: on rechargeait tous les deux nos besoins affectifs. Lui par l’odeur de ma peau et par mon lait, moi par son contact sur moi et le plein de câlins. Je ne m’attendais pas à ce qu’être éloignée de ce petit être que je venais de mettre au monde pour assister à des cours se révèle être une réelle torture ! Quel bonheur, ces retrouvailles en milieu de journée ! Je me demandais si, pour lui ce serait l'heure de téter ou si je me déplaçais pour rien mais en fait peu importe. Dès qu'il sentait ma présence, il tétait. On était heureux tous les deux et on rechargeait nos batteries. J'en oubliais la galère du processus. Ce moment était si intense que je profitais de lui encore plus que si je passais ma journée avec lui (ce que j’aurais bien évidement préféré !). L'été approchait et je savais que cette situation n'allait pas durer. Bientôt, nous serions à nouveau réunis. Quoiqu'il arrive, nous l'étions le soir, et je le laissais téter à la demande, surtout la nuit.
     
  • L’année suivante fut celle des stages. J'ai dû faire des allers retours en TGV Paris-Lille tous les jours avec mon tire-lait sur le dos à cause d'un stage obligatoire, tirer mon lait dans les toilettes du musée des Beaux-Arts de Lille tous les midis (vous penserez à moi si vous y allez- mais, spoiler alert, il n’y a pas de poèmes sur les murs !). Ça rend plus forte. Car allaiter, c'est assumer ses choix de femme et de mère et oser dire à ses profs face à face pour quelle raison tu risques d'être un peu en retard.

Je pense que vous avez compris. Allaiter pendant ses études, c’est possible. Je vous l'accorde, c’est très stressant au début parce qu'on se pose énormément de questions (où, quand, comment, est ce que mon enfant va bien vivre cette séparation, etc.). Mais ça n’est  pas si compliqué que ça, je vous rassure. Lorsqu’on y croit, peu de choses peuvent vraiment nous arrêter. Tirer son lait rentre très vite dans la routine et on trouve toujours moyen de s’arranger pour le faire. Pour vous donner une idée, j'ai tiré mon lait tous les jours pendant un an et demi à la fac et lors de mes stages. On ne sait jamais comment ça va se passer avant qu'on le vive au quotidien. Mais une fois les choses lancées, tout va bien. Pour ma part, je viens d'accoucher de ma deuxième et je reprends le boulot bientôt cette fois. Je n'ai aucune idée de l'endroit où je vais tirer mon lait mais j'ai confiance et je sais que ma fille aura ce qu’il lui faudra, même si c'est dans les toilettes du château de Versailles que la magie opérera.

Le sac à dos de la maman étudiante contient donc : ses cours, ses stylos et ses feuilles, un bon tire-lait électrique pas trop gros (la marque Ardo est à éviter par exemple), des pavés froids (à bien mettre au congélateur le soir en rentrant et à ne pas oublier le matin), les biberons du tire-lait, un sac isotherme, un lange et au cas où, une cape d’allaitement.

Lorsqu'on rentre à la maison le soir, on range vite au frigo le lait et on lave les ustensiles du tire-lait afin que tout soit propre et sec pour le lendemain.

Mon fils, je l’ai allaité. Pas trois mois. Trois ans. Qu'on ne me dise pas qu'être femme active et allaitante est impossible. Bon courage à toutes les mamans étudiantes, et à toutes les autres.

Sarah Reichert

Sarah Reichert est maman de deux enfants. Elle est restauratrice de peintures et travaille pour les musées de France.