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Chevat, ou l’eau et la cruche

Ce Chabbat, c’est le mois de Chevat que nous accueillons. Ce mois est le plus souvent associé à la fête qui tombe le 15ème jour - Tou Bichvat, le « Nouvel An des arbres »- , et les coutumes qui s'y rattachent.

J’aimerais poursuivre la petite tradition de notre étude mensuelle et mettre en relief un autre aspect de ce mois.

Le mois de Chevat, qui tombe en général vers la fin du mois de janvier, indique aussi la fin de l’hiver (du moins en Israël) et surtout la fin de la saison pluvieuse : la majorité des précipitations est normalement déjà tombée. Le niveau d’eau est censé être élevé et il est ainsi naturel que le signe astrologique attribué au mois de Chevat soit le « Déli » דלי, c'est-à-dire la cruche.

Il est intéressant de noter que le verset qui est la source pour cet attribut donné au mois de Chevat est également la base pour le fait que nous donnions des « Mazalot », des signes, à chacun des mois de l’année. Il s'agit d'une des prophéties de Bilaam, qui voulut maudire le peuple d'Israël pour Balak mais finit par le bénir : « La sève ruisselle de ses branches, et sa graine est abondamment arrosée. » 1

L’eau, livrée à elle-même, se propage. Elle est signe de vie et de vitalité. Mais toute personne ayant eu affaire à un dégât des eaux confirmera que cette même eau peut être destructrice. Ceci dépend de la manière dont on utilise l’eau, des moyens mis en place afin d’en tirer le maximum. Il en est de même du Mazal, qui certes peut influencer certains aspects de la vie selon le judaïsme, mais n'a en aucun cas l’exclusivité de sa direction.

Mais revenons-en à notre cruche.

Dans la Genèse XXIV-2, nous rencontrons Eliezer, le serviteur et bras droit d’Abraham. Lorsqu’Eliezer recherche une femme pour Isaac le fils d’Abraham, le signe révélateur qu'il attend de la jeune fille était sa volonté de faire un acte de bonté, de 'hessed, en puisant l’eau avec la cruche, tant pour lui que pour ses chameaux. Lorsqu’Eliezer voit Rivka pour la première fois, il observe également qu’ « elle descendit à la fontaine, emplit sa cruche et la remonta » 2. Le Radak, un des grands commentateurs de la Thora, fait remarquer qu’il n’est pas indiqué que Rivka a eu besoin de puiser de l’eau. Il nous cite le Midrach racontant que l’eau montait vers elle, donnant ainsi à Eliezer un indice supplémentaire de la valeur de Rivka et de sa compatibilité avec le fils de son maître. Il est à noter que cette capacité de faire monter l’eau à la cruche, et non d’avoir besoin de la puiser, est aussi apparente chez Moïse lorsqu’il aide les filles de Jéthro à abreuver leur troupeau à son arrivée à Madian3.

A propos d’Eliezer, le Talmud nous révèle qu’il puisait, telle l’eau, la Thora de son maître et la reversait aux autres4. Cette comparaison entre l’eau et la Thora, sans lesquelles nous ne pouvons pas vivre, revient à maintes reprises dans notre tradition.

Moïse, le berger des troupeaux de Jéthro à Madian, et du Peuple d’Israël par la suite, nous abreuve lui aussi de la Thora qu’il nous transmet.

Avant sa mort, Moïse donne au Peuple son message d’adieu, durant lequel il reprend, répète et explique de nouveau la Thora. Son discours est retranscrit dans le dernier livre de la Thora, le Deutéronome. Ce dernier discours de Moïse dure trente-sept jours, le dernier étant le jour du décès de Moïse, le 7 Adar, le premier, ainsi que nous le lisons dans le texte 5, est donc le premier jour du mois de Chevat.

Le thème de la cruche, moyen utilisé afin de verser et reverser l’eau, la Thora, revient donc de nouveau.

Le mois de Chevat est ainsi le mois où l’étude de la Thora, le renouvellement par la Thora, est de rigueur.

Il est intéressant de noter que la période entre le début du mois de Chevat et l’anniversaire du décès de Moïse coïncide avec les Parachiot de Chemot à Michpatim, également surnommées les « Chovavim ». Ce nom est un acrostiche du nom des Parachiot lues ces semaines-là : Chemot, Vaéra, Bo, Bechala'h, Yithro et Michpatim.

Cette période, propice à la repentance, est également dédiée à une étude de la Thora avec une vigueur renouvelée. Dans de nombreuses communautés, c’est l’étude des lois de pureté conjugale qui est revue en priorité. Je vous invite vous aussi à les revoir sur le site des Yoatzot Halakha, http://www.yoatzot.org/.

 

Je vous souhaite un excellent mois de Chevat.

 

Nathalie Loewenberg

Nathalie est une yoetzet halakha - conseillère en pureté familiale. Elle est aussi une épouse et une mère. Son défi quotidien est de remplir pleinement ces différents rôles entre 2 carreaux de chocolat et un verre de thé (au lait s'il vous plait).