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Ces parents venus d’ailleurs

Lorsque nous rencontrons une personne d'une culture différente de la nôtre, la plupart d'entre nous aimons comparer nos pratiques, nos habitudes, nos modes de vie, le contenu de nos assiettes etc...
Les parents, spécifiquement, s'appliquent à présenter leurs pratiques éducatives, avec un soupçon de tentative de persuasion parfois, tant chacun est assuré de bien faire.
Nous verrons par la suite que cette attitude s'avèrera être un point positif essentiel en matière d'éducation.

Bien que nous soyons convaincus de notre tolérance, de notre ouverture d'esprit, que nous assurions une absence de jugement totale, on ne peut s'empêcher quelques mimiques, des sourcils levés, des interjections que l'on ne retient pas, un « Ah bon ?... » ou un « Oh ! Je n'avais jamais entendu ça ». Et s'il en ressort un intérêt certain pour ces pratiques divergentes qui peuvent nous mener parfois à certaines modifications dans les nôtres, nous restons généralement convaincus du bien-fondé de nos propositions éducatives.
Par exemple, on peut s'étonner de l'heure de coucher de la progéniture de nos amis argentins, de la propreté avant-gardiste des enfants chinois ou de la liberté de jeux des petits Polynésiens sans parents aux alentours.

Il est intéressant de noter avant tout que certains invariants ont été repérés dans les comportements maternels, notamment concernant l’adaptation desdits comportements maternels en fonction de l’âge du bébé, et donc de son développement, de ses capacités motrices et perceptives (Sabatier, 1986). Néanmoins, l'auteur précise que chaque groupe, chaque culture, possède un système de représentation de l’enfant et de son développement.
Ce dernier influence les perceptions que les mères ont de leur enfant et de ses besoins, ainsi que leurs comportements, répondant par là aux attentes culturelles. 

En résumé, la culture a une incidence sur les représentations qu'ont les mères du rythme de développement de leurs enfants ainsi que de leur propre rôle sur l'apprentissage des savoirs sociaux.

Plus proche de nous, nos voisines allemandes ont fait l'objet d'une étude comparative de leurs conceptions du rôle parental avec celles de mamans camerounaises (Keller & al., 2005). Suite à un visionnage d'interactions de couples mère-enfant de leur propre culture, puis de l'autre culture étudiée, les participantes ont été invitées à commenter librement les aspects spécifiques du comportement maternel observé.

Si les mères camerounaises se préoccupent en priorité de l'hygiène et de la santé des nourrissons au moyen des soins primaires, du contact et de la stimulation corporelle, les mamans allemandes, quant à elles, attachent aux interactions en face à face une priorité évidente. Elles proposent pour cela des moments privilégiés avec l'enfant, une attention dyadique exclusive et des situations de langage récurrentes.

Les auteurs mettent également en évidence le fait que les mères des deux cultures trouvent les pratiques maternelles de l’autre culture étranges, voire incompréhensibles et inadaptées au bon développement de l’enfant. 

Les auteurs affirment donc que la parentalité est en grande partie influencée par des conceptions culturelles partagées, considérées comme des « jugements moraux d’une société donnée à un moment particulier de l’histoire ». Pour ces raisons, les cultures diffèrent quant à ce qui est considéré comme une parentalité « sensible ». 

Les études s'accordent cependant pour affirmer que, quelle que soit la culture, le sentiment de proposer des réponses adéquates à leur enfant renforce et consolide les assises du rôle de mère. L'inverse pourrait mener à un dysfonctionnement dans les interactions mère-enfant. Un parent doit nécessairement se sentir reconnu dans sa place et ses capacités à répondre à ses responsabilités parentales. 

Dans ce sens, Maryse Lebreton (2011) reprend le concept de « préoccupation maternelle primaire » de Winnicott, défini comme la capacité de la mère d’être entièrement tournée vers son bébé, de s’identifier à lui, ce qui lui donne « l’empathie pour savoir » ce dont il a besoin. Dans sa capacité à éprouver ce que son nourrisson ressent, la mère peut donner à l’enfant des soins « suffisamment bons », et lui apporter ainsi les réponses adéquates. Cet état de préoccupation maternelle primaire, ainsi que les soins qui en découlent vont permettre à l’enfant de comprendre ce qui se passe en lui, mais aussi ce qui se passe dans son environnement, et les liens entre les deux. La mère va ainsi aider l’enfant à acquérir le sentiment de continuité dans son existence. La conviction de la mère de savoir ce que l’enfant éprouve est alimentée par des représentations culturelles. En effet, ce sont les références de la culture d’origine de la mère qui vont donner sens et signification aux comportements du bébé, et qui vont par là même induire une réponse particulière de la part de la mère. Ainsi, ce qui est important pour le développement de l’enfant est que la mère interprète, donne un sens à l’émotion de son enfant et qu’elle y réponde. 

En définitive, il peut être intéressant de se décentrer de nos conceptions, de voir qu’ailleurs les normes sont différentes et que les comportements n’ont pas le même sens pour les mères. Il est important de contextualiser nos savoirs sur la parentalité car c'est à partir du sens sous-jacent à ces conceptions, que nous pouvons réellement faire place à la différence de l'autre.

N.B : si le sujet vous intéresse, je vous invite à visionner le film « Bébés » de Thomas Balmès ainsi que la lecture du livre "Comment les Eskimos gardent les bébés au chaud" de Mei-Ling Hopgood.

 


Bibliographie :

Keller, H., Voelker, S., & Dzeaye Yovsi, R. (2005). Conception of Parenting in Different Cultural Communities : The Case of West African Nso and Northen German Women. Social Development, 14, 1.

Lebreton, M. (2011). « Défaut dans la transmission et trouble des liens premiers en situation de migration ». Dans Guerraoui, Z. & Reveyrand-Coulon, O. Transmission familiale et interculturalité, ruptures, aménagements, créations. Paris : EDITIONS IN PRESS.

Sabatier, C. (1986). La mère et son bébé, variations culturelles. Analyse critique de la littérature. International Journal of Psychology, 21, 513-553.

 

 

Noémi Benhamou

Psychologue diplômée à Bordeaux, Noémi s'inscrit dans le courant de la Psychologie Positive. Passionnée par la communication, elle anime des ateliers langue des signes pour bébés et prochainement des ateliers Faber & Mazlish. Entre deux consultations et un bavarois, Noémi s'adonne à la création d'outils pédagogiques innovants.