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Av- A la recherche de l’Arche Perdue !

Le mois d’Av marque par son début la période la plus triste du calendrier juif : les neuf jours qui culminent avec le jeûne de Ticha be’Av, le 9 Av, jour de la destruction des deux Temples.

C’est aussi l’occasion de se rappeler de notre confiance en la reconstruction du Troisième Temple, qui lui ne sera plus détruit. Mais avons-nous tous les éléments qui doivent y entrer ? Une grande partie a été prise lors de notre descente en exil, et il nous faudra donc les réaliser nous-mêmes.

Il y a cependant un élément qu'il nous sera impossible de reconstituer dans ses moindres détails : c'est l’Arche de l’Alliance, le Aron Habrit. L’Arche elle-même n’est pas le problème, mais plutôt ce qui y repose : les deuxièmes Tables de la Loi, ainsi que les fragments des premières tables.

Où donc a-t-elle disparu ?

Dans le livre des Chroniques II, il est indiqué qu’après que le roi Josias a célébré Pessah à Jérusalem, il dit aux Leviim : « Mettez l’Arche Sainte dans le Temple qu’a construit Salomon (…) vous n’avez plus à la porter sur l’épaule »[1]. De cet ordre nous comprenons que l’Arche n’était pas dans le Temple avant Pessah : mais où était-elle donc ? Nous pouvons aussi en déduire que si les Leviim n’allaient plus devoir la porter, c’est qu’ils allaient la remettre à la place d’où ils l’avaient sortie. Le commentateur Metsoudot David nous explique que Salomon avait, au moment de la construction du Temple, préparé un lieu caché sous le Temple où l’Arche pourrait être mise à l’abri afin que nos adversaires ne puissent pas la prendre si nous devions descendre en exil. Mais pourquoi le roi Salomon craindrait-il un tel événement, et plus encore, pourquoi penserait-il que son Temple ne resterait pas en place pour l’éternité ? Car il y a un autre verset, dans le Deutéronome cette fois, qui nous dit : « Le Seigneur te fera passer, toi et le roi que tu te seras donné, chez une nation que tu n’auras jamais connue, ni toi ni tes pères ; là, tu serviras des dieux étrangers, du bois et de la pierre ! »[2]. Ce verset, qui fait partie des calamités qui devraient sévir sur nous si nous, en tant que Peuple, quittions le droit chemin, a suffi pour que le roi Salomon prépare le Temple à toute éventualité.

Reste à comprendre pourquoi ne mettre que l’Arche Sainte en lieu sûr et pas les autres éléments du Temple.

Si nous lisons les lois du Temple de Maïmonide, nous nous trouvons face à deux irrégularités apparentes. La première se situe au moment où il décrit[3] avec de nombreux détails le fait que Salomon ait prévu la cachette où Josias plaça l’Arche Sainte, Arche Sainte mise à l’abri avant la destruction du Premier Temple et qui ne ressortit plus de sa cachette depuis. Or s’il y a une chose qui définit la manière dont Maïmonide écrivit son ouvrage « Michné Torah » c’est le fait de ne pas utiliser de mots superflus, et la description détaillée qu’il donne ne parait pas nécessaire à la compréhension de la Halakha.

Ensuite, dans un des chapitres précédents, il indique qu’il y a des choses qui forment le cœur, l’essentiel du Temple « et on y fait le Kodech Hakodachim, le Saint des Saints »[4]. Sans cela le Temple n’est pas complet et ne peut être utilisé comme tel. Un peu plus tard, il nomme les différents éléments du Temple[5] et leur place respective ,mais omet l’Arche Sainte ! Où est-elle donc passée ?

Le Rabbi de Loubavitch explique[6] que selon Maïmonide, l’Arche Sainte n’était non pas un des Kélim, un des éléments du Temple, mais bien une des choses essentielles sans laquelle le Temple ne pouvait exister. Dans ce cas, si elle devait être « prise  en otage » lors d’une éventuelle destruction de Temple, le fait de reconstruire un nouveau Temple ne servirait à rien tant que l’Arche Sainte ne serait pas présente ! Et comme nous l’avons indiqué, il n’est pas possible de reconstituer les Tables de la Loi présentes dans l’Arche Sainte ! Le Deuxième Temple était-il donc caduc ?

Non ! Car si l’Arche Sainte n’était pas présente dans le Temple au-dessus du niveau du sol, elle était tout de même là. En préparant dès la construction du Premier Temple un lieu caché, spécifiquement créé pour héberger l’Arche Sainte, le roi Salomon a ainsi rendu ce lieu comme partie du Temple. Et ainsi, en y plaçant l’Arche Sainte, le roi Josias a permis que le Temple, même détruit, pourrait être reconstruit parce que le Ikar Habayit, l’essentiel du Temple, n’aura pas été perdu. Le cœur du Temple peut battre même de son lieu caché, souterrain. Et c’est ainsi que le Deuxième Temple a fonctionné.

Lorsque nous mériterons d’avoir le Troisième Temple, celui qui restera pour l’éternité, non seulement l'Arche Sainte en fera partie, mais elle sera la base, le cœur du Temple, justement parce que le roi Salomon aura pensé à l’éventualité que le Temple qu’il a construit puisse être détruit.

Tel le roi Salomon, nous devons nous aussi, même lorsque tout semble idéal, et que rien ne pourra troubler la quiétude, faire des plans afin de pouvoir faire face à l’adversité. Ce n’est que lorsque nous savons regarder au-delà du moment présent que nous pouvons vraiment préserver ce qui nous est cher.

Hodech Tov à tous et puissions-nous mériter, non pas de jeûner cette année, mais de fêter la venue du Messie et la reconstruction du Temple.

 

[1] Chroniques II 35,3

[2] Deutéronome 28, 36

[3] Hilkhot Beit Hebe’hira, chap. 4, halakha 1

[4] Hilkhot Beit Hebe’hira, chap. 1, halakha 5

[5] Hilkhot Beit Hebe’hira, chap. 1, halakha 6

[6] Hidouchil oubiourim behilkhot beit habe’hira, siman 10

Nathalie Loewenberg

Nathalie est une yoetzet halakha - conseillère en pureté familiale. Elle est aussi une épouse et une mère. Son défi quotidien est de remplir pleinement ces différents rôles entre 2 carreaux de chocolat et un verre de thé (au lait s'il vous plait).