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At Peta’h Lo !

Lorsque nous voulons voir quelle est la méthode préconisée afin de transmettre des connaissances à nos enfants, mais surtout de leur donner l’envie d’apprendre, il suffit d’ouvrir la Hagaddah de Pessa’h.

La soirée entière du Seder est agencée de façon à ce que la curiosité de l’enfant soit attisée. Les questions sont encouragées. S’il y a bien une occasion où les « pourquoi » incessants du jeune enfant ont leur place, c’est bien ce soir-là !

Le traité Pessa’him 115b explique que nous retirons le plateau avant de passer à la lecture de la Hagaddah. Lorsque l'on s'interroge sur la raison de cet acte, la réponse proposée par nos Sages est extraordinaire : « Afin que les enfants posent des questions. ». Et le texte rapporte une anecdote sur le Sage Abayé, encore jeune enfant, qui s’est exclamé un soir de Seder : « Mais pourquoi retirez-vous le plateau ? Nous n’avons pas encore débuté le repas ! »  Ceci n’est qu’un des exemples des diverses actions hors du commun que nous réaliserons ce soir-là. Certaines de ces actions donneront lieu à des questions dont la réponse aura un lien direct avec la raison pour laquelle nous sommes tous réunis ce soir-là : raconter l’histoire de la sortie d’Egypte. Ainsi, lorsque notre enfant nous voit nous accouder à table il s’exclamera : « Mais papa, mais maman, vous me dites toujours que ce n’est poli de s’assoir ainsi à table ! ». Notre réponse sera de lui expliquer que s’accouder est un signe de liberté et que c’est cette liberté physique et morale du joug des Egyptiens que nous fêtons avec lui ce soir. Dans ce cas précis, notre action est clairement pédagogique puisque la réponse a un rapport direct avec le message que nous voulons transmettre.

Cependant, si nous y regardons de plus près, cela n’est pas le cas de toutes les actions du Seder. Prenons par exemple la troisième question du « Ma Nichtana » : le fait de tremper deux fois nos aliments durant le Seder. Pourquoi cette action ? La Guemara explique que c'est uniquement pour montrer aux jeunes enfants que cette soirée est différente, pour aiguiser leurs sens. Il n’y a donc aucun rapport direct entre l’action et la question qui en découle, et le but apparent de la soirée. Pourquoi donc faire poser à l’enfant des questions superflues qui n’ont aucun rapport ? Pourquoi ne pas prendre soin de faire en sorte que notre « méthodologie » du Seder soit telle que les actions-questions rentrent dans le schéma de l’histoire de la sortie d’Egypte que nous voulons transmettre ? N’est-ce pas plus éducatif ainsi ?  Cette soirée est déjà assez longue, il faudrait cibler les questions, préparer le dialogue avec nos enfants le mieux possible…

C’est justement sur ce point-là que se trouve l’enseignement de nos Sages : laissez les enfants poser leurs questions, toutes leurs questions, même si la réponse n’a pas forcément de lien avec le sujet du jour, même si la question elle-même est « hors-sujet ». Ne restez pas figés dans une structure fixe, laissez l’enfant s’exprimer. En laissant l’enfant poser les questions qu’il veut poser, même si elles n’ont pas de rapport avec l’histoire de la sortie d’Egypte, il finira par poser également celles qui y ont trait. Car l’enfant est le roi du « pourquoi ». Il a soif de connaissances, il est curieux de tout. Et il arrivera forcément dans le vif du sujet aussi.

Si nous donnons à notre enfant le texte à réciter, les questions à poser, il jouera le jeu cette année. Peut-être aussi les années suivantes. Mais nous aurons également transmis le message que seules ces questions sont valables. Que les « pourquoi » et les « comment » qui n’en finissent pas ne sont acceptables que pour les jeunes enfants, qu’après il faut « grandir » en ne posant que les « questions agréées ». Que nous ne sommes pas la bonne adresse pour les questions ne rentrant pas dans notre moule, qu’apprendre ne peut se faire que de la manière fixée par les adultes. En bref, nous aurons coupé, même si c’est de manière involontaire, la capacité naturelle de l’enfant à découvrir, sa soif de connaissances, ainsi que sa tendance naturelle à venir vers nous, ses parents, ses guides, pour trouver une réponse à ses interrogations.

Le soir du Seder est LA soirée des enfants par excellence. Ils en sont les acteurs principaux. Nous ne faisons que faciliter les choses : en agissant de manière surprenante, en répondant à toutes leurs questions, en transmettant notre histoire qui est aussi la leur, et en leur montrant par l’exemple comment nous remercions D. pour Ses bienfaits.

La Hagaddah, dans le texte sur les quatre fils, enjoint le parent de celui ne sachant pas poser des questions : « At Petah’ Lo ! » Prends les devants ! Raconte votre histoire, apprends-lui à poser les questions - qu’il soit encore très jeune comme le dépeignent les illustrations classiques, ou qu’il ait déjà oublié ce que c’est que d'être le « roi du pourquoi ».

‘Hag Sameah !

 

Nathalie Loewenberg

Nathalie est une yoetzet halakha - conseillère en pureté familiale. Elle est aussi une épouse et une mère. Son défi quotidien est de remplir pleinement ces différents rôles entre 2 carreaux de chocolat et un verre de thé (au lait s'il vous plait).